Disclaimer :
Le contenu qui suit est un témoignage personnel relatant une expérience individuelle. Il est partagé à titre informatif et ne constitue en aucun cas un avis, un diagnostic ou une recommandation médicale. Chaque parcours étant unique, les informations présentées ne peuvent pas être généralisées ni utilisées pour prendre des décisions. En cas de question, de doute concernant votre état de santé, votre grossesse ou vos traitements, il est indispensable de consulter un professionnel de santé (médecin, sage-femme ou autre spécialiste). Ne modifiez jamais un traitement médical, un suivi ou une prise en charge sur la base de ce témoignage.
Je m’appelle Anastasia, je suis diabétique de type 1 depuis mes 10 ans et je suis devenue maman à 29 ans. Durant ma grossesse, j’étais sous pompe à insuline avec la fiasp.
Avant la grossesse : la préparation stricte
Je m’étais toujours imaginée que d’être une femme diabétique et avoir un souhait de grossesse cela allait être compliqué. Il faut un diabète très équilibré, des glycémies qui ne font pas beaucoup de variation, une HbA1c qui se rapproche des 6,5 %. Si tous ces critères ne sont pas respectés, le futur bébé a davantage de risque de souffrir de trisomie, de mort fœtale, etc. Comme j’étais en désir d’avoir un enfant, ma diabétologue m’avait inscrite sur une journée spéciale diabète et grossesse à l’hôpital afin de pour nous expliquer comment gérer son diabète pendant la grossesse en nous donnant pleins de petits conseils. Par exemple, il y avait fractionner les repas, être en mouvement après les repas, jouer sur les débits temporaires de de l’insuline basale, etc.
Comme j’étais en désir d’avoir un enfant, ma diabétologue m’avait inscrite sur une journée spéciale diabète et grossesse à l’hôpital afin de pour nous expliquer comment gérer son diabète pendant la grossesse en nous donnant pleins de petits conseils.
Comme on pouvait considérer que j’ai un « vieux diabète », mon diabétologue tolérait une hémoglobine glyquée maximum à 7,5 % et m’avait même expliqué que si je tombais enceinte cela ne serait pas grave.
J’étais un peu perdue si je devais sauter le pas avec mon compagnon, car n’ayant pas eu de feu vert officiel, j’avais peur d’avoir un enfant malade par ma faute. J’ai donc décidé d’être très stricte sur mon alimentation, zéro écart, zéro alcool, comme si j’étais déjà enceinte. Avec le confinement du COVID, mon compagnon et moi-même avions pris de mauvaises habitudes alimentaires.
Le stress des premières semaines
Après être tombé enceinte rapidement, j’étais entre la danse de la joie « mais il y a un petit machin qui se développe en moi » et entre le stress pour ne pas faire d’hyperglycémie. Surtout que parallèlement au diabète, il y a le stress normal de la grossesse. Ce besoin constant d’être rassuré que ce petit être qui se développe va bien. Il faut savoir qu’avec le diabète, le gros côté positif c’était qu’il y avait régulièrement des rendez-vous. Entre les prises de sang, les échographies, les monitorings, on est bien entouré et cela nous permet d’être rassuré.
Cependant le stress du premier mois avec les glycémies post-prandiales étaient difficiles à gérer. Je me souviens que lorsque je fractionnais mes repas, c’est-à dire un soir je faisais mon insuline pour l’ensemble des glucides mais je mangeais le dessert 1h après le reste du repas, je m’étais retrouvée en hyperglycémie. Je ne sais plus de tête 1,84 g/L mais avec la flèche qui monte en flèche, qui 15 minutes plus tard annonce 2,12 g/L etc. Pour remédier à cela je me retrouvais à faire du home trainer parfois à 22h ou à marcher dans le noir à 21h dans ma campagne. Finalement sur cette période, j’avais suivi tout le protocole, les conseils de l’hôpital, je me retrouvais souvent à faire sauter mon dessert.
Une autre anecdote, nous étions invités un soir chez un collègue à mon futur mari qui attendait également un enfant. Ils avaient préparé barbecue. J’avais fait mon insuline et je n’avais bu que de l’eau avec une rondelle de citron et mangé très peu de glucides. Ma glycémie montait en flèche. Je me suis retrouvée à faire les cent pas en talons dans le jardin, couplé à des squats chez des gens que je rencontrais pour la première fois. Nous ne leur avions pas annoncé la grossesse car je voulais être sûre de franchir les 3 mois pour en parler.
Phase 2 : hypos sur hypos !
Après avoir connu un premier mois de grossesse rythmé par pas mal d’hyperglycémies, je suis rentrée dans la fameuse période riche en hypoglycémie. Le principal problème que j’avais c’était que je sentais les effets de l’hypoglycémie très tard et je me retrouvais ainsi rapidement avec des symptômes tels que la vision qui se troublait ou se coupait, ou bien les jambes qui flageolaient et qui avaient du mal à me porter. J’avais vraiment des grosses baisses d’énergies et entre les repas fractionnés et les resucrages, j’avais l’impression de passer mes journées à manger. Moi qui adore le sport (running, natation, vélo, randonnée), il m’était difficile de pouvoir pratiquer mes hobbies sans risquer d’être en hypoglycémie ou je n’avais pas encore envie de devoir manger. Cependant en y repensant, je pense que j’avais tellement peur des hyperglycémies que j’avais tendance à surdoser mon insuline ou à trop augmenter le débit de ma basale temporaire afin d’éviter les pics de glycémie. J’aurais dû faire mes séances après les repas mais je sais qu’avec les contraintes professionnelles cela n’est pas toujours évident.
Fin septembre, j’ai eu l’échographie du premier trimestre et aussi celle pour découvrir le sexe de bébé et voir s’il y avait des signes de trisomie. Avec mon futur mari, nous avions tellement hâte. Lorsqu’on nous a appelé, je me suis installée en mode « ça y est, on va enfin savoir ton petit secret ». Eh bien figurez-vous que j’ai perdue connaissance à cause d’une hypoglycémie. Je me suis retrouvée assise sur une chaise à devoir signer des documents et commencer à reprendre connaissance sans savoir ce que je devais signer et pourquoi, comment le stylo était arrivé dans mes mains. Je crois que personne n’avait remarqué que j’étais partie mentalement. Quand je fais de très grosse hypoglycémie mon corps fait sa vie, je suis juste déconnectée, comme une zombie. Dans tous les cas, j’étais heureuse d’apprendre que nous attentions un petit garçon.
Un repos plus que nécessaire
Avec mon travail, les hypoglycémies étaient toujours aussi nombreuses. Lorsque je terminais ma journée, je pouvais rester une heure dans ma voiture à attendre que ma glycémie remonte. D’ailleurs lors d’une de ces fins de journées, j’étais en hypoglycémie légère. Je m’étais resucrée bien en amont et j’avais la route pour rentrer chez moi une fois que ma glycémie était remontée. Je m’étais retrouvée coincée dans les bouchons toulousains. Je me sentais retomber en hypoglycémie, donc je profitais des multiples arrêts sur la rocade pour me resucrer avec des pâtes de fruits. 5 minutes avant d’arriver, chez moi, j’avais finalement perdu connaissance au volant. Mon médecin avait pris la décision de m’arrêter jusqu’à mon congé maternité. J’allais bientôt débuter le 6e mois de grossesse.
A partir de là, j’ai fait moins d’hypoglycémie. Je faisais de la marche quotidienne avec mon chien, j’allais à l’aquagym. Les débits de base avaient augmenté. Les points d’injection étaient douloureux avec les cathéters. J’avais donc décidé de garder la pompe uniquement pour l’insuline basale et que les bolus, je les réalisais au stylo.
Préparation à l’accouchement
Finalement avec tout le stress lié au diabète, j’en avais oublié le stress de la femme enceinte : l’accouchement. Lors d’une journée entre femmes diabétiques dans le dernier trimestre à l’hôpital, sur comment aborder les glycémies et l’augmentation des besoins en insuline, les docteurs nous avaient expliqué que cela serait en fonction du jour J. Dans tous les cas nous serions déclenchées mais qu’en fonction de comment se passerait le déclenchement, cela pourrait se passer par voie basse. J’ai un peu commencé à paniquer car je ne me suis jamais projetée entrain de pousser.
J’allais en parler à la sage-femme avec qui je fais la préparation à l’accouchement. D’ailleurs cette sage-femme venait me faire des monitorings de contrôle 5 jours sur 7 lors du dernier mois, ce qui me permettait d’avoir ce petit instant pour être rassuré que tout allait bien pour mon petit.
Le grand jour : déclenchement
Le fameux jour du déclenchement était enfin arrivé. J’étais plus excitée que stressée pour le coup. J’avais préparé ma petite valise de naissance et un sac à dos rempli de surprises et activité à faire avec le futur papa. Des amies diabétiques qui avaient été déclenchée, m’avaient raconté qu’elles avaient attendu plus de 24 heures avant qu’il ne se passe quelque chose. Je me souviens que nous étions arrivés tôt, il me semble aux alentours de 8h à l’hôpital de niveau 3 à Toulouse. Comme méthode pour le déclenchement, j’avais choisi le tampon que l’on m’avait rapidement posé. Au bout d’1h30 j’avais envie d’aller aux toilettes pour la grosse commission. A cela j’avais vite compris que c’était en réalité des contractions. Les médecins avaient décidé d’enlever le tampon car les contractions étaient trop proches les unes des autres, sans que le col ne s’ouvre réellement. On m’avait posé la péridurale ce qui m’avait permis de me reposer. Cependant les contractions étaient toujours rapprochées ce qui mettaient en difficulté mon bébé. Après plusieurs tentatives infructueuses pour calmer les contractions et ainsi aider bébé, l’obstétricien avait décidé de me faire une césarienne en urgence.
Son arrivée tant attendue
La césarienne s’était très bien passée et cela avait été rapide. On m’avait prévenu qu’ils devaient emmener mon bébé mais qu’il revenait tout de suite. Finalement la sage-femme était revenue avec son téléphone afin que je voie à quoi ressemble mon bébé car il avait besoin d’aide pour respirer. J’avais attendu que l’on me recouse et après on m’a transféré en salle de réveil même si j’étais réveillée et que je me sentais assez forte pour m’occuper de mon fils. Dans le couloir en direction de la salle de réveille, on m’avait donné mon petit garçon très brièvement juste de quoi le sentir mais j’étais dans une position où je ne pouvais pas le voir, seulement le sentir. Il devait retourner se faire oxygéner. Ensuite, je m’étais retrouvée seule de 11h à 16h30 quasiment. J’avais croisé mon compagnon pendant ce temps qui m’a paru une éternité pour me tenir informée que notre fils faisait une très grosse hypoglycémie donc il devait le perfuser pour que sa glycémie remonte. Finalement à 16h30, les médecins sont venus me voir pour me dire que vu son état et sa glycémie il devait être transféré en néonat. Malheureusement l’hôpital n’avait plus de place, il devait donc se faire transférer dans une clinique au nord de Toulouse. De façon logique, je pensais être transférée avec mon fils que j’avais eu sur moi à peine 5 minutes sans pouvoir réellement le toucher, ni le regarder. A cela les médecins avaient refusé catégoriquement ma demande car je venais d’avoir une césarienne. Cela a été très difficile à encaisser, de devoir laisser l’enfant que je venais de créer, partir avec des inconnus, dans une ambulance sans ses parents. Forte heureusement nous avons réussi à avoir l’autorisation pour que mon mari puisse le rejoindre et rester à ses côtés. Après 36 heures de séparation, j’avais enfin pu retrouver et surtout rencontrer mon bebe. Ses hypoglycémies étaient dues à mon diabète et forcément cela me faisait mal de voir de si petites mains déjà perfusées ou de l’entendre pleurer lors du dextro sur les pieds. Après une semaine en néonat, nous avions eu l’autorisation de commencer notre vie à trois chez nous. A l’heure où je vous écris, mon fils vient d’avoir 4 ans et il a une forme olympique.
J’ai donc été déclenché 4 semaines en avance et mon fils faisait 3,350 kg à la naissance. Il n’était pas un gros bébé comme on peut le dire pour les mères diabétiques. Il était un beau bébé, mon bébé parfait. C’était une superbe aventure à vivre et le diabète n’a pas été un frein à la maternité. Nous avons de la chance, en France, d’avoir un réel suivi et plus d’opportunité d’être rassuré sur l’état de santé de bébé durant cette grossesse raccourcie. Pour ma part, moi qui suis une personne très stressée, il y a eu des hyperglycémies à 3 g/L au premier trimestre, il y a eu quelques petits craquages sur la fin, mais j’ai réussi à avoir une hémoglobine glycquée aux alentours de 5,6% durant ma grossesse. D’ailleurs une fois l’accouchement passée, j’ai mis la gestion de mon diabète de côté les premiers mois, j’avais d’autres priorités et c’est ok.
C’était une superbe aventure à vivre et le diabète n’a pas été un frein à la maternité. Nous avons de la chance, en France, d’avoir un réel suivi et plus d’opportunité d’être rassuré sur l’état de santé de bébé durant cette grossesse raccourcie.