Anaïs, PMA et alimentation

Mon expérience de la grossesse et de l’accouchement avec un diabète a été compliquée et en même temps riche de sensations et d’émotions. Je suis diabétique de type 1 depuis mes 7 ans, soit 21 ans de diabète au moment où je tombe enceinte. Je suis aussi diététicienne nutritionniste spécialisée dans la prise en charge des troubles alimentaires.

Mon expérience de la grossesse et de l’accouchement avec un diabète a été compliquée et en même temps riche de sensations et d’émotions. Je suis diabétique de type 1 depuis mes 7 ans, soit 21 ans de diabète au moment où je tombe enceinte. Je suis aussi diététicienne nutritionniste spécialisée dans la prise en charge des troubles alimentaires.

L’annonce et le parcours PMA

Pour commencer, j’ai eu beaucoup de mal à tomber enceinte. Au bout d’un an sans succès, j’ai commencé à faire des examens et à m’entourer de professionnels, et le verdict est tombé : j’ai une malformation de l’utérus qui rend le processus compliqué. L’annonce a été un choc, après l’annonce du diabète à 7 ans et de ma spondylarthrite ankylosante à 25 ans, je croyais que plus rien ne pouvait me toucher. J’ai entamé un suivi psychologique afin de m’aider à gérer au mieux cette découverte. 

Nous avons été ensuite en parcours PMA et les premiers traitements ont marché du premier coup. Je tombe enceinte en mai 2025. Je découvre ma grossesse par des douleurs très fortes à l’utérus qui m’entraînent un malaise vagal. A l’hôpital, on m’annonce que je suis enceinte, mais que j’ai un risque de grossesse extra utérine avec ma malformation.Je vais donc à l’hôpital tous les deux jours pour une échographie et des prises de sang. Je continue à travailler, je décale mes consultations (diététiques) en inventant des excuses pour ne rien dire encore. 

La confirmation

À la 4ème échographie, nous voyons le fœtus dans l’utérus. Un soulagement enfin ! Je peux commencer à profiter de ma grossesse. Je décide d’en parler avec mon endocrinologue qui me suit depuis 15 ans et que j’apprécie beaucoup. Je n’ai aucune réponse, ce qui ne lui ressemble pas, elle avait l’habitude de me répondre dans la journée ou le lendemain. Je réitère et renvoi un mail. Aucune réponse. J’appelle donc le secrétariat, on m’annonce que mon endocrinologue a cessé ses fonctions au sein de l’hôpital. Un énorme choc et un deuil. J’avais un médecin à l’écoute et très humaine. 

Un suivi houleux

Je me retrouve donc sans diabétologue. J’appelle mon prestataire de santé pour avoir de l’aide, on m’envoie d’abord à 1h30 de route mais, là-bas, on ne me prend pas en charge car je ne suis pas du secteur, je suis renvoyée vers ma ville de référence.  Je commencerai un suivi diabéto seulement à mes 4 mois de grossesse. En attendant je reste avec mes 7% d’HbA1c et ma BF Tandem© qui ne semble pas du tout adaptée. Je fais beaucoup d’hypoglycémies mais je ne change rien à ce que je mange. Toute la grossesse j’ai continué a écouter mes envies et mes besoins sans me poser de questions. J’ai commencé à prendre du poids qu’au 6ème mois de grossesse. 

Je profite de ma grossesse au maximum, nous voyageons dans le Jura et en Bretagne. En Bretagne je me régale de crêpe caramel beurre salé, 3 chocolats et mon diabète suit. 

Quelques hyperglycémies mais, comme on me la dit, tant qu’elles ne sont pas longues répétées c’est ok. 

2ème trimestre et suivi

Vient l’échographie du 2ème trimestre. Verdict : bébé est trop petit (5eme percentile). Le comble pour une diabétique ! On me dit que j’ai un risque de RCIU (retard de croissance intra-utérin). Nous commençons donc des échographies toutes les 2 semaines afin de vérifier le poids de bébé.  Il restera bas jusqu’au 8ème mois de grossesse, oscillant entre le 2ème et le 8ème percentile. Le diabète continue à suivre, malgré quelques hypers, j’arrive à une HbA1c à 5,9% du jamais vu pour moi en 21 ans de diabète ! Je me rends bien compte que le stress joue énormément sur les glycémies, beaucoup plus que l’alimentation. Car je continu à manger normalement avec mes tartines de pâte à tartiner le matin et mes liégeois en dessert. 

Fatigue de fin de grossesse

Je diminue le travail, mais pas assez. Je continu à beaucoup travailler mais la fatigue commence à se ressentir. Bébé est en siège depuis le début. Je fais de l’acupuncture, bébé se place la tête en bas puis se remet en position de siège. J’arrête le travail 2 semaines avant d’accoucher.  La semaine du nouvel an, je fais une VME (version par manoeuvre externe) afin d’essayer de tourner bébé. Ça ne fonctionne pas et me fait extrêmement mal. Les hyperglycémies commencent à être très compliquées à gérer, je suis épuisée, par le travail et la grossesse. On me dit que j’ai trop de liquide amniotique, mon ventre me fait mal et me tire. Bébé a pris du poids très vite, heureusement il partait de bas et se retrouve juste dans la courbe normale.

Début du travail

À 37 SA, je perds complètement les eaux. Je devais être déclenchée 2 semaines plus tard. Mon col n’est pas du tout ouvert, bébé est en siège. Le travail commence et j’ai des douleurs très fortes durant 20h, ces 20h de contractions ne m’ont ouvert le col que de 2…  Je pose alors la péridurale, mais je ne dilate pas, la position de bébé n’aidant pas car rien ne pousse sur le col. J’arrive à 9,5 après 38h de contractions. Je suis épuisée par la douleur et je n’ai pas mangé et pas dormi. Mais, mon diabète reste d’une stabilité sans faille : entre 1,10 et 1,20 tout le long. 
Après 3h coincée à 9,5, on m’envoie en césarienne d’urgence, je mets ma pompe en mode « sport ». Tout va très vite; en 15 min bébé était sorti. Je n’entends rien, pas de pleurs pas de bruit, c’est beaucoup trop calme. On me dit qu’on a dû emmener mon bébé car il ne respirait pas. 
Je fais une chute de tension avec vomissements pendant qu’on me recouds, je suis en stress mais je ne peux pas bouger. 

On m’emmène ensuite en salle de réveil, je n’ai pas vu mon fils encore. Je reste 4h en salle de réveil à cause de mes malaises dûs à mes chutes de tension. Je suis épuisée. 

Je retourne en chambre à 2h du matin, j’ai accouché à 21h34. Je retrouve mon conjoint qui été avec bébé en neonat. Il me dit que tout va bien, je suis soulagé mais je n’ai toujours pas vu mon fils. Le diabète est oublié à ce moment là, je ne sais pas ma glycémie je ne sais même plus où j’avais posé ma pompe. 

Rencontre avec bébé

Je vois enfin mon fils le lendemain à 12h. 

Et la vie commence enfin. Mon diabète est compliqué avec l’allaitement mais je prends de l’eau et du sirop constamment dans une gourde et tout roule.  Je profite au maximum de chaque moment.

Mon fils a actuellement 2 mois et mon HbA1c est revenue à la normale, je suis à 7%. Le diabète n’a pas été un frein. Il était juste là, j’ai pu faire confiance à 100% au personnel médical. Je n’ai pas changé ma vie à cause du diabète et de la grossesse, j’ai continué à manger de la même façon et à bouger de la même façon.  J’ai surtout fait un travail sur la gestion du stress avec ma psychologue. 

Je vous souhaite, à toutes celles qui lisent ces lignes, de vivre votre grossesse de la façon la plus sereine possible. Se faire plaisir en mangeant fera plus de bien à l’enfant que de la frustration ❤️

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