Noémie, l’espoir de la FIV

Diabétique de type 1, mon conjoint et moi sommes tous les deux sous pompe à  insuline avec une résistance à insuline et capteur.  Lorsque nous avons décidé de devenir parents, nous avons dû demander l’avis de notre  diabétologue ainsi que de ma gynécologue avant même de pouvoir tenter de concevoir  un enfant, car nos glycémies n’étaient pas parfaites et restaient inconstantes. 

Papa et maman DT1

Diabétique de type 1, mon conjoint et moi sommes tous les deux sous pompe à  insuline avec une résistance à insuline et capteur.  Lorsque nous avons décidé de devenir parents, nous avons dû demander l’avis de notre  diabétologue ainsi que de ma gynécologue avant même de pouvoir tenter de concevoir  un enfant, car nos glycémies n’étaient pas parfaites et restaient inconstantes. 

Il nous a fallu un an de travail sans relâche, chacun de notre côté, pour obtenir cette  autorisation. Honnêtement, ce n’est pas facile de se dire que notre rêve de devenir  parents dépend d’un accord médical. Non pas parce qu’on nous l’interdit, mais parce  que plus la glycémie et donc l’hémoglobine glyquée est équilibrée, moins il y a de  risques pour la maman et pour le bébé. 

Un an s’écoule. Nos hémoglobines glyquées sont bonnes, nos glycémies stables : nous  obtenons enfin l’accord pour lancer notre projet bébé. Le bonheur est à son comble.  Puis un an de plus passe… toujours pas de bébé en vue. 

Ma gynécologue me prescrit alors de l’acide folique (des vitamines) pour nous aider.  Nous essayons, nous espérons. Trois années supplémentaires s’écoulent… et toujours  rien.  Alors viennent les questions : Pourquoi ça ne fonctionne pas ? Est-ce que l’un de nous est stérile ? Je suis en surpoids, est-ce que cela joue ? 

Le début de la PMA

Ma gynécologue nous propose alors de poursuivre les vitamines et de réaliser des  analyses de sang. Suite aux résultats, elle nous annonce que si nous souhaitons  toujours avoir un enfant, il va falloir passer par une PMA (procréation médicalement  assistée). Sur le moment, c’est dur. On culpabilise tous les deux de ne pas être capables de  concevoir un enfant naturellement. 

Mais au final, notre désir d’enfant est plus fort que tout. Alors on accepte. On se pose  beaucoup de questions : quels sont les risques ? Comment cela va-t-il se passer ? On nous explique que mon mari doit maintenir une glycémie correcte afin d’avoir des  spermatozoïdes performants et en quantité suffisante (environ 2 millions pour une  production normale).  De mon côté, je dois également garder une glycémie bien équilibrée et être très  vigilante, car les traitements de PMA : vitamines, injections pour stimuler l’ovulation  peuvent non seulement me faire prendre du poids, mais aussi déséquilibrer mon  diabète. On se dit : “Allons-y. Si d’autres y arrivent, pourquoi pas nous ?” 

La FIV (fécondation in vitro)

Mais c’est à ce moment-là qu’il faut être solide, avoir énormément de volonté et un mental d’acier. Malheureusement, tout cela ne suffit pas. Je ne suis toujours pas enceinte, alors que les  grossesses se multiplient autour de nous. Le moral est au plus bas. On nous annonce alors qu’il faut passer par la FIV (fécondation in vitro). 

Cela signifie que je dois subir une ponction d’ovocytes sous anesthésie, et que mon  mari doit effectuer un recueil de spermatozoïdes afin que la gynécologue et le  laboratoire puissent analyser les ovocytes fécondables et les spermatozoïdes viables et  de forme typique. Le but est de créer un ou plusieurs embryons fécondés, puis de m’en transférer un  directement dans l’utérus.  Mais avant d’en arriver là, il y a beaucoup d’analyses de sang et de traitements.  Physiquement, c’est douloureux. C’est comme recevoir des coups dans les côtes et  dans le bassin, pendant des journées entières, et ce pendant toute la stimulation. Sans  compter la fatigue que cela provoque. Entre la douleur, la fatigue et le diabète, le moral en prend un sacré coup. 

Puis vient l’attente. Les ovocytes sont fécondés le jour même de la ponction, mais vous ne savez pas  combien tiendront jusqu’au 5ᵉ jour. C’est à ce moment-là qu’on vous transfère un embryon. S’il y en a d’autres qui ont tenu, ils sont congelés pour les prochaines tentatives. Et pendant ces cinq jours, vous êtes dans un stress permanent… 

Après s’être préparés à tout cela, vient la première insémination (elle se fait cinq jours  après la ponction). À ce moment-là, on est heureux et un peu stressés, car tout est  nouveau pour nous. On nous annonce que, sur six embryons, quatre ont été fécondés et  qu’à J+5 nous en avons toujours quatre. On en implante un et les autres sont congelés. 

On attend dix jours (qui nous paraissent une éternité) pour savoir si je suis enceinte ou  non grâce à une prise de sang. Malheureusement, c’est un échec. Ça met un coup au  moral, mais on se dit que ce n’est pas grave, qu’il en reste d’autres, alors on garde  espoir. 

Et ça continue… Les trois autres tentatives sont des échecs. Alors, avec le diabétologue et le gynécologue, on décide de faire une pause d’un an, car physiquement et moralement, j’étais à bout. Avoir un entourage qui nous soutient est hyper important. Même si, pour comprendre  réellement, il faut le vivre… 

Echanges et partage

Pendant cette année de pause, j’ai retrouvé des amies d’école. En discutant de nos vies  respectives, j’ai appris qu’elles aussi étaient passées par la PMA, et plus précisément  par la FIV, et qu’elles avaient réussi à devenir mamans. Pour le coup, je me suis sentie  vraiment comprise, car pour elles aussi cela avait été difficile. Ça m’a redonné espoir,  l’espoir qu’un jour, moi aussi j’y arriverais. 

Me revoilà à refaire les batteries d’analyses, les injections et la prise de vitamines,  pour enfin retourner au bloc pour une nouvelle ponction. Une journée interminable  avant de recevoir le fameux appel qui annonce le nombre d’embryons issus de cette  ponction. 

Puis vient l’appel pour cette deuxième ponction : sur sept embryons, trois ont été  fécondés. Le soulagement est immense, même s’il faut attendre cinq jours pour  pouvoir en transférer un. Au cinquième jour, rien n’a changé : il y a bien trois  embryons fécondés.  Dix jours interminables passent et le verdict de la prise de sang tombe : je suis enceinte ! Les mots sont difficiles à réaliser tellement on est heureux. On prévient nos parents,  qui ont suivi nos craintes, nos espoirs et notre combat. Il faut savoir que lorsqu’une prise de sang est positive, il faut la refaire trois fois,  toutes les 48 heures.

Tomber pour se relever plus fort

Vient donc la deuxième… et là, c’est une sacrée chute de moral :  je viens de faire ce qu’on appelle une fausse couche précoce, une fausse couche  biochimique. 

Nous recommençons un cycle le mois suivant. La première prise de sang est positive,  alors on se dit que, même si on reste prudents, c’est peut-être la bonne. On attend la deuxième prise de sang. Plus les jours passent, plus on espère, on  commence à rêver de notre vie de famille, on en parle… et là, tout s’arrête de nouveau  : une autre fausse couche. 

On a mal, on est tristes, et on doit annoncer à ceux qui ont suivi notre parcours que  c’est encore un échec… Cependant, après nous être remis de nos émotions, on se dit qu’il y a tout de même un  espoir : la première prise de sang était positive, donc c’est possible. 

On a mal, on pleure, et en tant que femme, on se sent parfois coupable de ne pas  réussir à porter la vie. Je m’en veux, même si mon mari me répète que je n’y suis pour  rien, qu’il m’aime et qu’il m’a choisie pour fonder une famille, pas uniquement pour  avoir un enfant. On se relève, encore une fois, plus forts mais aussi plus fatigués. 

Les trois prises de sang suivantes sont positives : le bonheur est immense. Je suis  enceinte. La gynécologue me donne un arrêt pour une échographie de contrôle deux  semaines plus tard. Avant cette échographie, je refais une prise de sang. Cette fois-ci, le stress est encore  plus présent. Moralement et physiquement, c’est éprouvant, car à chaque étape, on doit  attendre 48 heures ou plus pour avoir une réponse. C’est difficile de ne pas penser au pire, mais on essaie d’y croire encore.

À ce moment-là, on remet tout en question. Une PMA, c’est très coûteux et, comme on  dit, tout n’est pas pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale. On a déjà beaucoup  de peine… et le pire, c’est de voir la déception dans le regard de nos proches. Alors on laisse passer quelques mois. On tente une dernière fois l’aventure, en sachant  que toutes nos économies y sont passées et qu’après, il faudra trouver une autre  solution. 

Nous voilà donc à la troisième ponction. Sur huit embryons, deux sont fécondés. On  essaie de ne pas trop y penser, de ne pas se faire de faux espoirs. On se dit qu’on va les  transférer, mais que, comme les fois précédentes, cela ne fonctionnera peut-être pas. Arrive le jour J. Allongée, prête pour le transfert d’un embryon fécondé, on m’annonce  que c’est le seul qu’il reste : le deuxième n’a pas survécu. « Ce n’est pas grave, vous  en avez au moins un », me dit-on. 

Pour eux, c’est courant. Pour de futurs parents, c’est bouleversant. On est partagé entre  rester concentré pour ne pas rater cette dernière chance et la peine immense de perdre  une possibilité supplémentaire. 

La bonne nouvelle !

Et là, la magie opère. Ça y est : je suis enceinte. 

Les trois prises de sang sont positives. Dix jours plus tard, à l’échographie, notre bébé  est bien là. C’est un bonheur absolu. On est sur un petit nuage. Mais on préfère  attendre l’échographie des trois mois pour annoncer la nouvelle à nos proches. 

Un mois passe. Les nausées commencent les plus belles et les plus difficiles à la fois,  mais aussi les hypoglycémies. Les nuits deviennent compliquées, car les hypos sont de  plus en plus importantes. Je me couche à 1,25 g/L et, en pleine nuit, je descends à 0,29  g/L à une vitesse incroyable. Entre l’épuisement et les antiémétiques qui me font  beaucoup dormir, gérer ces hypoglycémies devient très difficile. Heureusement, mon  mari est là pour me resucrer, car j’en suis parfois incapable. 

Gérer diabète et grossesse

J’appelle immédiatement mon diabétologue pour obtenir un rendez-vous au plus vite  afin de faire le point. 

Il m’explique que ma pompe actuelle ne convient pas à une grossesse. Les objectifs  glycémiques d’une femme enceinte sont beaucoup plus stricts que les cibles  habituelles, et ma pompe ne peut pas être programmée aussi finement. Il faut donc que  je change de pompe… et de capteur. Me voilà enceinte, avec tous les bouleversements physiques et hormonaux que cela  implique, et en plus une nouvelle pompe à apprendre à utiliser et à comprendre. 

À deux mois de grossesse, tout évolue bien côté bébé. Mais côté diabète, c’est la  catastrophe. Mes glycémies sont totalement déséquilibrées. J’ai l’impression que ma  nouvelle pompe ne corrige rien du tout. Je retourne voir mon diabétologue pour faire  le point, tout en restant en contact régulier avec le prestataire pour ajuster au mieux les  doses : bolus pour les repas et débit basal pour l’insuline en continu. 

En voyant mes résultats, mon diabétologue est du même avis que moi : cette pompe ne  me convient pas. Je change à nouveau de pompe et de capteur. 

À trois mois de grossesse, mes glycémies vont beaucoup mieux. Elles ne dépassent  plus 1,80 g/L. Malgré une résistance à l’insuline, je suis soulagée de ne pas monter au delà de cette valeur. Ma moyenne glycémique quotidienne est de 1,10 g/L. Je suis fière  du chemin parcouru et je me dis que c’est déjà très bien. 

Mon bébé va bien. Son cœur bat comme il faut. Il est en pleine forme. À mes yeux, tout est parfait. Malheureusement, c’est à ce moment-là que la grossesse est devenue un cauchemar… En effet, on m’annonce qu’avec le diabète, ma grossesse devra être très surveillée,  aussi bien par la gynécologue que par le diabétologue. 

Me voilà donc avec des échographies toutes les deux semaines, des rendez-vous  diabète tous les mois, des prises de sang régulières… Tout cela en plus des  désagréments d’une grossesse « classique ». 

Puis, on m’annonce, à mon grand regret, que je ne pourrai pas accoucher dans la  clinique où je suis suivie. Avec mon diabète, ma dépendance à l’insuline et le fait que, lors d’une grossesse diabétique, les glycémies ont tendance à augmenter au dernier  trimestre, mon bébé risque de naître en hypoglycémie et pourrait avoir besoin d’une  perfusion. Or, la clinique n’est pas équipée pour cela. 

Un hôpital spécialisé de niveau 3

Je prends donc rendez-vous dans un hôpital de niveau 3, c’est-à-dire disposant d’un  service de néonatologie et de réanimation.

À 21 semaines, je rencontre la gynécologue de l’hôpital et là, j’apprends que mon bébé  pourrait présenter de graves problèmes de santé à cause de mon diabète :  malformations cardiaques, colonne vertébrale incomplète, pied bot, mauvais  développement du cerveau… On me parle même d’un risque de décès pendant la  grossesse jusqu’au 7e mois, ainsi que d’un risque de macrosomie (un bébé de plus de 4  kg avant terme) avec un risque de fractures des épaules ou des clavicules au moment  de l’accouchement. Sans compter le risque de trisomie, plus élevé dans le cadre d’une  PMA. 

Comment ne pas être stressée face à autant d’informations effrayantes ? Comment ne  pas pleurer et regretter, parfois, d’être enceinte ? 

Et pourtant… J’aime mon bébé plus que tout. À chaque échographie, quand je le vois,  quand j’entends son cœur battre avec force, quand je le sens bouger en moi, je me dis  que toutes ces craintes, ces douleurs et ces peines en valent largement la peine. 

Un bébé en pleine forme

Aujourd’hui, je suis à 26 semaines de grossesse. Mon bébé pèse 343 grammes de plus  que la courbe moyenne, mais il va bien. Son cœur est en pleine forme, il ne présente  aucune malformation, ses organes sont excellents, son squelette est complet et  normal… et il bouge toujours autant ! 

De mon côté, je fais de mon mieux chaque jour pour maintenir ma glycémie la plus  stable et la plus basse possible pour sa santé. Je ne manque aucun rendez-vous  médical. 

Croyez-moi : gardez espoir. Même si le parcours peut être plus difficile et moins «  idyllique » qu’une grossesse classique, même si l’on manque parfois de tact dans les  explications ou que l’on se sent mal informée, malgré tout cela… on peut devenir  parents.

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